Mon imprimante Epson m’a lâché à 3000 pages et j’ai enfin compris pourquoi

J’ai racheté trois imprimantes en six ans. Trois. Et à chaque fois, le même scénario absurde : un message qui pop à l’écran m’expliquant que le « tampon d’encre usagée » est plein, que la machine refuse de fonctionner, et que le coût de la réparation est plus élevé qu’une neuve. Sauf que j’ai fini par comprendre le truc : c’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. Enfin, une fonctionnalité pour eux.

Et là, bonne nouvelle (façon de parler) : le premier procès en France pour obsolescence programmée va enfin s’ouvrir en 2027. Neuf ans après le dépôt de la plainte initiale par l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée), la justice a décidé de renvoyer Epson devant le tribunal correctionnel. Neuf ans. C’est long. C’est presque plus long que la durée de vie d’une imprimante, ce qui — bon, je vous laisse apprécier l’ironie (à peu près aussi savoureuse que de jouer sur Brutal Casino en espérant financer sa retraite, mais passons).

Le truc c’est que cette histoire de procès, elle est vraiment importante, même si personnellement je n’y crois qu’à moitié niveau conséquences réelles. Parce que c’est la première fois qu’une entreprise va devoir s’expliquer devant un juge sur le fait que ses produits sont conçus pour lâcher au bout d’un nombre d’impressions prédéfini. Pas cassés par hasard. Pas usés naturellement. Programmés pour mourir.

Ce qui est fou avec Epson, c’est que la technique est presque élégante dans sa perfidie. La machine compte les impressions, et au bout d’un certain seuil, elle décrète que le tampon absorbant est saturé — sans jamais vérifier s’il l’est réellement. Des bidouilleurs sur YouTube ont montré depuis des années qu’on peut réinitialiser le compteur avec un petit logiciel, et hop, l’imprimante repart pour des milliers de pages. Donc physiquement, elle allait très bien. C’est juste qu’on lui avait dit de mourir.

Franchement, quand tu réalises ça, tu regardes ton matos différemment.

Et Epson n’est que la partie visible d’un iceberg énorme. On parle aussi beaucoup de Windows en ce moment, parce que Microsoft vient encore d’annoncer que telle génération de PC ne pourra pas passer sur la dernière version, alors que le matériel tourne parfaitement. Des millions d’ordinateurs jugés « obsolètes » du jour au lendemain, alors qu’ils ont cinq ou six ans à peine. Ça pousse pas mal de gens vers Linux et le logiciel libre — et honnêtement je trouve que c’est une des rares réactions saines face à ce système, à l’image de certains secteurs comme les jeux de roulette en ligne innovants qui cherchent eux aussi à repenser leurs modèles. Installer une distrib légère sur un vieux laptop, c’est presque devenu un acte militant.

Côté législatif, ça bouge aussi. La loi française contre l’obsolescence programmée existe depuis 2015, mais elle était restée largement lettre morte niveau application. Là, avec les récentes évolutions, les consommateurs récupèrent des droits concrets : indice de réparabilité renforcé, obligation d’afficher la durée de disponibilité des pièces détachées, extension de la garantie légale de conformité quand un produit est réparé. Sur le papier c’est pas mal. Reste à voir si dans la vraie vie ça change quelque chose quand ton smartphone bloque les mises à jour au bout de trois ans — d’autant qu’on multiplie les appareils connectés à la maison, comme en témoigne l’expérience d’installer des objets connectés chez soi, où la question de la durée de vie et des mises à jour devient vite centrale.

Parce que le vrai problème, il est là. La loi peut dire ce qu’elle veut, tant qu’aucune boîte n’a été réellement condamnée, les fabricants n’ont aucune raison de changer leur modèle économique. Vendre du matériel qui dure quinze ans quand tu peux en vendre trois en dix ans à la même personne, c’est mathématique. Pour eux en tout cas.

D’où l’importance du procès Epson. Pas tellement pour la sanction financière (qui sera probablement ridicule à côté du chiffre d’affaires de la boîte), mais pour créer un précédent. Pour qu’un juge écrive noir sur blanc : oui, cette pratique existe, oui elle est illégale, oui vous allez arrêter. Après, connaissant la lenteur judiciaire et la capacité des grosses entreprises à faire traîner en appel pendant des années, on n’est pas près de voir les effets concrets.

Perso, j’ai fini par racheter une imprimante d’occasion sur Leboncoin, un vieux modèle laser noir et blanc qui a l’air increvable. Un mec me l’a vendue 30 balles en me disant « elle a douze ans, elle marchera encore quand tu seras mort ». Je crois que je vais le croire.

Et si vous voulez suivre l’affaire Epson, gardez un œil sur le calendrier 2027. Ça va être intéressant à regarder, même si l’issue est incertaine. Au moins on aura essayé.