Influenceurs et jeux d’argent : ce que dit vraiment la loi sur les partenariats
Un pote m’envoie une story TikTok l’autre jour. Un mec avec un sourire ultra brite qui montre son solde à 12 000 balles sur une plateforme de paris, avec un code promo dans la bio. « Tu penses que c’est légal ça ? » il me demande. Alors non. Enfin, presque jamais. Et pourtant tu vois ça défiler tous les jours sur ton feed.
Le problème, c’est que la frontière entre le partenariat cool et le truc totalement hors-la-loi, elle est beaucoup plus fine que ce que les créateurs veulent bien croire. Ou faire croire.
Le cadre légal, en vrai
En France, la promotion des jeux d’argent est encadrée depuis des années. Pas juste « un peu » encadrée. Sévèrement. L’ANJ (l’autorité nationale des jeux) veille au grain, et depuis la loi dite « influenceurs » de 2023, les créateurs de contenu sont explicitement dans le viseur.
Le principe de base : tu ne peux faire la promo que d’opérateurs qui ont une licence en France. Point. Un site basé à Curaçao qui te propose 500 balles pour poster une story ? C’est non. Et ce non-là, il peut coûter très cher.
Ce que dit la loi, concrètement
- Interdiction de promouvoir un opérateur non agréé sur le territoire français
- Obligation d’afficher la mention « jouer comporte des risques » de manière visible
- Interdiction absolue de cibler les mineurs (ce qui inclut d’utiliser des codes visuels qui leur parlent)
- Mention claire du caractère commercial du partenariat (le fameux #ad ou #partenariat)
- Pas de mise en scène qui laisse penser que gagner est facile ou systématique
Ce dernier point, c’est celui qui fait tomber 80% des créateurs. Parce que montrer son solde qui explose, c’est exactement ça qui est interdit.
Les sanctions, elles piquent
On parle de jusqu’à 2 ans de prison et 300 000 euros d’amende pour la promotion illégale de jeux d’argent. Et je te parle pas des redressements fiscaux qui tombent en parallèle, parce que oui, les revenus d’influence sont imposables comme n’importe quel revenu d’activité.
Au Maroc, où le cadre est encore en construction, les autorités commencent aussi à s’y intéresser sérieusement. Les revenus des influenceurs sont désormais surveillés, avec obligation de déclaration et risques de contrôle fiscal renforcés. Le folklore « je poste, je touche, je déclare rien » c’est fini.
Le cas des créateurs expatriés
Beaucoup ont cru malin de partir à Dubaï pour échapper à tout ça. Sauf que si ton audience est française, si tu communiques en français, si tu vises le marché français… la loi française s’applique. La résidence fiscale ne te protège pas de la législation sur la publicité.
Franchement, y’a des créateurs qui vont tomber de haut dans les mois qui viennent.
Les zones grises qui n’en sont pas
« Mais moi je fais juste du contenu divertissement, je joue pour m’amuser ». Bon. Sauf que si t’as un code promo, un lien d’affiliation, ou même juste une mention répétée d’une marque, tu fais de la publicité. Le juge s’en fiche que tu appelles ça « contenu lifestyle ».
Un cas typique que j’ai vu passer récemment via Casino Night, qui documente pas mal ce genre d’affaires : l’arnaque au casino GMK. Le youtubeur n’a jamais eu de casino ni signé le moindre partenariat avec un site de jeu, mais son image a été reprise dans des deepfakes et une fausse appli pour attirer des joueurs, qui ont perdu leurs dépôts sans aucun recours.
Le truc c’est que dans ces affaires-là, l’influenceur devient co-responsable. C’est pas juste « ah bah désolé, moi je savais pas ». Les tribunaux commencent à retenir la notion de complicité par négligence, et ça change tout.
Ce qui reste autorisé (et rentable)
Tout n’est pas interdit, hein. Les opérateurs agréés en France peuvent bosser avec des créateurs. Il y en a même pas mal qui le font, avec des budgets confortables. La FDJ, PMU, Winamax, Betclic… ils ont tous des programmes structurés, avec contrats en bonne et due forme, mentions légales, et audience contrôlée (interdiction de cibler les moins de 18 ans, obligation de vérifier l’audience du créateur). Certains opérateurs vont même plus loin en enrichissant leur catalogue, comme Betfair qui a récemment lancé une roulette en ligne innovante pensée pour renouveler l’expérience de jeu.
C’est moins sexy que les propositions à 5000 balles la story pour un site offshore. Mais au moins tu dors la nuit.
Les obligations déclaratives, le vrai casse-tête
Un partenariat, ça se déclare. Sous plusieurs formes :
- Mention visible « partenariat rémunéré » ou « collaboration commerciale » sur le contenu lui-même
- Déclaration des revenus au fisc en BIC ou BNC selon la structure
- Facturation en bonne et due forme (adieu les virements PayPal sans trace)
- TVA si t’atteins les seuils, et ils sont pas si hauts que ça
Sur les territoires ultramarins, notamment en Nouvelle-Calédonie où la scène influence explose littéralement depuis deux ans, les créateurs découvrent souvent ces règles quand le contrôle arrive. Trop tard.
Les agences « douteuses », le nouveau problème
Il y a un phénomène qui monte : des agences qui promettent monts et merveilles à des créateurs débutants, les mettent en contact avec des annonceurs à la limite de la légalité, et se déchargent de toute responsabilité contractuellement. Certaines sont franchement à la limite de l’escroquerie, avec des promesses de revenus qui n’arrivent jamais et des contrats verrouillés dans tous les sens.
Un conseil que je donne toujours : si l’agence te propose des marques que t’as jamais vu à la télé ou dans la vraie vie, méfie-toi. Les vraies marques passent par des agences établies, avec des contrats clairs et des paiements traçables.
Alors on fait quoi ?
Si t’es créateur et que tu reçois une proposition liée aux jeux d’argent, les questions à poser sont simples :
- La plateforme est-elle agréée par l’ANJ ? (vérifiable en 30 secondes sur le site de l’autorité)
- Le contrat prévoit-il les mentions légales obligatoires ?
- Ton audience contient-elle une part significative de mineurs ? (si oui, refuse, peu importe l’offre)
- Le paiement est-il traçable et facturable proprement ?
Si une seule réponse te met mal à l’aise, tu passes ton chemin. Les 3000 balles d’une story ne valent pas 300 000 balles d’amende.
Perso, je trouve qu’on est arrivé à un moment charnière. Les autorités ont enfin les outils pour taper. Les créateurs qui vont continuer à jouer avec le feu vont morfler. Et honnêtement, tant mieux, parce que ce sont des milliers de jeunes qui se retrouvent à parier de l’argent qu’ils n’ont pas à cause de contenus qui n’auraient jamais dû exister.



